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Quand l’Etat français était antisémite. L’exclusion des juifs des fonctions publiques Marc-Olivier Baruch Compte rendu de la conférence-débat du 3 octobre 2007 au lycée Edgar Quinet
Le statut des juifs Marc-Olivier Baruch est parti du statut des juifs du journal officiel du 18 octobre 1940, et s’est interrogé sur cette loi particulière, en rupture avec l’ordre politique républicain, et sur le rôle de l’administration à cette époque. Des gens vont être exclus, arrêtés, emprisonnés, spoliés, et cela va aller jusqu’à la complicité dans la mise à mort industrielle de personnes nées là où il ne fallait pas. " Ce n’était pas la France " dit de Gaulle. Mais c’est une loi française qui va être appliquée par le régime de Vichy. Un antisémitisme d’Etat Il existait en France, avant la guerre, un fort courant antisémite qui s’est manifesté avec l’affaire Dreyfus, puis avec Léon Blum. Dans ses bagages, Pétain amène la droite anti-Lumières, le clan maurrassien d’extrême droite. A l’époque, et même assez longtemps après la guerre, on a cru que la législation antisémite était un produit d’importation et que les nazis avaient imposé les Statuts aux Français. " Je me suis battu pour que les Français soient arrêtés par des Français " dit René Bousquet devant ses juges en 1950. Xavier Vallat va voir Danecker auquel il affirme : " Je pourrais être votre père en antisémitisme. Je n’ai pas de leçon à revoir de vous." Le gouvernement de Vichy peut faire des textes valables pour l’ensemble du pays. Lorsque les Allemands prennent des ordonnances pour la zone occupée, le gouvernement de Vichy a déjà préparé sa législation. La zone sud n’a pas de statut d’occupation. L’étoile jaune, objet d’une ordonnance allemande, n’est pas portée en zone libre. Les mesures allemandes concernent la vie économique et sociale, alors que celles de Vichy sont des mesures politiques. Pour Vichy, il faut prendre des mesures de salubrité publique contre la présence des juifs qui représente un danger. L’université va être un lieu de prédilection de l’antisémitisme d’état, tout comme la justice, l’armée, la police, la diplomatie. Paul Baudoin rapporte qu’au conseil des ministres du 1er octobre 1940, c’est le maréchal qui se montre le plus sévère pour que la justice et l’enseignement ne contiennent aucun juif. Dans le journal officiel d’octobre 1940, " Est regardé comme juif toute personne issue de 3 grands-parents juifs… ". On est regardé comme juif, désigné, exclu, livré surtout si on est étranger, et c’est Vichy qui est responsable de ce statut. L’influence juive doit être limitée. La loi du 3 octobre 1940 prévoit un numerus clausus dans les professions libérales et l’interdiction des métiers de la presse et du cinéma, aux juifs. Ils ont l’interdiction absolue d’exercer de hautes fonctions comme chef d’état, ministre, préfet, diplomate. Le gouvernement n’a rien contre les juifs comme les anciens combattants, les épouses de prisonniers de guerre ou d’hommes qui ont la carte de combattants qui restent à leur place, dans des postes subalternes. Une exception est faite pour les juifs qui ont rendu des services exceptionnels. L’application des décrets du 18 octobre 1940 Le 19 décembre, il ne doit plus y avoir de juifs fonctionnaires. Mais qu’est-ce qu’un juif, qu’est-ce qu’un fonctionnaire ? La loi est absurde. Les ministères vont faire preuve d’inventivité. Les proviseurs doivent trouver qui est juif de notoriété publique. Le ministre des finances fait signer un papier. Le ministre de l’intérieur considère comme juif, " tout individu présumé comme tel ". Pour les fonctionnaires, il n’y a pas de statut à l’époque. Les ministères régaliens comme la justice, la police, l’armée, appliquent l’antisémitisme d’Etat. Pour les ministères techniques, les compétences de la personne l’emportent sur l’antisémitisme. Il y a une marge de manœuvre. Le conseil d’Etat qui s’interroge sur la loi, montre que l’on n’est plus dans le domaine du droit en voulant retirer l’influence des juifs de l’Etat. La machine à exclure est mise en place Un deuxième statut des juifs loi du 2 juin 1941, introduit le critère de la religion. La palme de l’exclusion va à l’Education nationale. La loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation économique est faite pour éviter que les entreprises françaises passent sous contrôle des Allemands. Le deuxième statut des juifs de juin 1941 est plus sévère pour élargir l’interdiction des fonctions ou emplois publics. Une traque aux emplois se met en place de façon arbitraire. Elle entraîne la perte de tous les moyens de vie. La résistance en 1943 fait comprendre aux préfets que les fonctionnaires ont des petites latitudes comme la grève du zèle. Un fonctionnaire est remarqué pour son " zèle humanitaire poussé à l’extrême ". L’antisémitisme est une réalité.
La situation de la France en 1940, Pétain, figure vénérée,
maréchal de France, républicain, le respect dû à
la loi, la conscience professionnelle dévoyée, tout cela
fait que le texte sur l’exclusion sera mis en œuvre sans difficultés
par les fonctionnaires français.
Jacques Ullman démobilisé près de Limoges, revient à Paris en septembre 1940 pour reprendre son poste d’externe à la Salpétrière. Il lui est interdit de se présenter au concours d’externat de l’Assistance publique en octobre 1940. Il va à Lyon où il ne peut s’inscrire à la faculté de médecine, pétainiste, mais il s’inscrit à la faculté de sciences gaulliste. En 1942-1943, les facultés étaient plus laxistes et disposées à ne pas tenir compte des origines. Il a pu contourner la loi. Colette Brull est étudiante en première année à la faculté de médecine de Paris, en 1939. En septembre 1940, presque tous les étudiants sont recalés aux examens. A la deuxième session organisée après un mouvement de protestation, elle est admise à passer en deuxième année. En 1941, malgré le numerus clausus, elle a pu s’inscrire, son père étant un ancien combattant. Elle apprend 15 jours avant qu’elle ne peut passer le concours d’externat de l’Assistance publique. Elle fait cependant des remplacements. Le concours de l’hôpital Rotschild est autorisé pour les juifs. Suite à la rafle du Vél’ d’hiv, des enfants en très mauvais état sont transférés de Drancy à l’hôpital Rotschild. Un médecin des Hôpitaux de Paris est chargé d’inspecter les malades pour qu’ils ne restent pas trop longtemps à l’hôpital. Lorsque deux fillettes, Céline et Danielle, sont envoyées à Drancy, ils comprennent que les enfants sont en danger. Elle va à l’aide d’une assistante sociale et d’un abbé faire sortir des enfants, le soir. En août 1942, des policiers français ont fait une rafle d’enfants étrangers parmi les enfants de l’orphelinat voisin. Eliette Benattar expose la situation en Algérie où les juifs ont été exclus de la nation française. La loi du 3 octobre 1940 aboli le décret Crémieux d’octobre 1870. Ceci a pour conséquence d’exclure les juifs des fonctions publiques, mais aussi d’exclure les élèves et les étudiants des écoles, de l’enseignement secondaire et des universités par l’introduction d’un numerus clausus de plus en plus restrictif. Sa soeur, 6 ans a appris à la fois qu’elle était juive, et qu’elle n’irait plus à l’école publique en 1941. Elle était écartée de ses camarades, et n’avait plus accès à l’instruction. Les enfants exclus ont été accueillis dans des écoles privées. D’autres ont trouvé refuge avec leurs maîtres dans les synagogues. L’exclusion a duré jusqu’au débarquement américain. Le décret Crémieux a été rétabli en 1943 Marc-Olivier Baruch montre qu’il
y a deux logiques, deux antisémitismes : un d’Etat avec Vichy et
un d’extermination avec les Allemands.
Marc-Olivier Baruch, Le Régime
de Vichy, éd. La Découverte, Coll. Repères, 1996,
Servir l'État français. L'administration en France de
1940 à 1944, Fayard, 1997, L’École polytechnique et
les polytechniciens (1940-1944), Fayard, 2000
Les lois et le statut des juifs
: sur le site de JM. Matisson :
Les rapports des préfets
:
Les juifs en Algérie :
Nicole Mullier, février 2008 DL letouzey__clionautes.org |